Juin 2016

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Action à l’international : focus sur la coopération avec le Fédération arabe

La commission Coopération du Conseil supérieur a participé à la première conférence inter-arabe, les 20 et 21 février derniers au Caire, en tant que représentant de la Profession Comptable Libérale Française, PCLF (1). La Fédération arabe des comptables et auditeurs, AFAA (2), qui regroupe 18 instituts comptables du Maghreb, du Moyen-Orient et de la péninsule Arabique, avait souhaité sa présence pour son événement international qui a rassemblé des instituts, régulateurs, réseaux, cabinets et bailleurs de fonds en provenance de la région et du monde entier. Venant couronner plusieurs mois d’efforts et d’échanges avec la profession arabe, avec laquelle des discussions avaient été entamées en juin 2014 lors de la conférence régionale organisée par la Banque Mondiale (3), un protocole de partenariat a été signé par les présidents des trois instituts français et arabe, ce qui se traduira dans les prochains mois par des actions mobilisatrices. Ces missions seront pilotées par la Direction du Développement et des Partenariats Internationaux, DDPI (4), véritable « bras armé » de la PCLF et entité commune au Conseil supérieur et à la CNCC dont l’objectif est d’animer leurs actions de coopération technique à l’international. Sic a souhaité faire le point sur l’organisation de ses activités et sur les moyens dont elle dispose, ainsi que sur la coopération avec la Fédération arabe.

 

De g. à dr. : Géraldine Camara, DDPI ; Habib Kefi, président de la Commission Coopération ; Hatem Kawasmy, président de la Fédération arabe des comptables et auditeurs et Farid Fawzy, président de l’Association égyptienne des comptables et auditeurs

 
Comment la DDPI est-elle structurée pour répondre aux sollicitations en provenance des instituts et pouvoirs publics étrangers ?

Habib Kefi (5) : Les élus sont spécialisés selon la zone géographique qu’ils connaissent le mieux (Maghreb/Moyen-Orient, Amérique Latine…) ou par thématique (éthique, Pack PE…). La DDPI compte deux permanents à temps plein, ainsi qu’une assistante à mi-temps.

 

Géraldine Camara (6) : Avec notre base de données comprenant 70 experts, nous disposons d’une  capacité importante d’intervention dans une grande partie du monde. Nos experts sont généralement multilingues et mobilisables sur tous types de projet, qu’il s’agisse d’aider à réviser un cadre législatif et réglementaire, de consolider les ressources humaines par la formation aux normes de l’IFAC, ou encore, d’appuyer au renforcement des capacités des instituts et pouvoirs publics partenaires. Nous intervenons en réponse à une demande et entretenons d’étroites relations avec divers bailleurs de fonds tels que l’Union européenne, la Banque Mondiale, Expertise France, etc.

 

Paul Le Cuziat (7) : Tous les projets opérationnels mis en œuvre par la PCLF nous mobilisent, chacun à notre niveau, sur les différentes étapes techniques avant, pendant et après la mission : évaluation des besoins, échanges avec les partenaires, conception logique de la mission, recherche et sélection d’experts, budgétisation, élaboration du calendrier d’action, organisation logistique, suivi de la mission, évaluation et enfin établissement des rapports de mission. Si la mission de l’expert sur place représente l’aboutissement visible de notre travail, ces tâches lui sont essentielles et constituent en quelques sortes la partie immergée de l’iceberg, les coulisses de la coopération internationale !

 

Gwenola Caba (8) : La DDPI centralise les informations et requêtes de chaque institut/organisation en mettant en place des bases de données, en regroupant les informations de chaque mission et projet, et constitue ainsi un portfolio pour mieux répondre aux attentes et besoins.

 

Comment est organisée la profession comptable libérale dans le monde arabe ?

HK : Il est à noter que l’organisation de la profession comptable est multiple et diffère d’un pays à l’autre et d’un continent à l’autre. La profession, tout en ayant les mêmes normes et les mêmes fondamentaux, a démontré qu’elle a toujours su s’adapter à son milieu et à son environnement sociétal et technique au service du fait économique. Pour prendre en exemple le Maghreb, le Proche et le Moyen-Orient, si tout laisse à croire que ces parties du monde sont très proches, par la géographie et par la culture, elles se trouvent en réalité éloignées au niveau professionnel. En effet, la situation est très complexe, la profession proche et moyen orientale est proche du système anglo-saxon alors que la profession nord-africaine est francophone. Cette géographie cache une réalité autre où ce sont les professionnels qui essayent de s’organiser entre eux et cherchent une cohérence plutôt professionnelle que régionale.

Pour donner une idée de l’importance de la profession comptable dans ces régions du monde, on compte environ 500 inscrits à l’Ordre marocain, 850 à l’Ordre tunisien, 2 000 à l’Egyptian Society of Accountants and Auditors, 5000 en Arabie Saoudite (SOCPA), tous les quatre étant membres de l’Ifac. L’Algérie dénombre quant à elle environ 250 experts-comptables et 1 800 commissaires aux comptes.

 

GC : Les instituts de ces pays ont la chance de pouvoir appartenir à différents réseaux régionaux et internationaux, qui peuvent être sources d’échange et de convergence : Fédération arabe des comptables et auditeurs (AFAA) bien sûr, mais aussi Fédération des Experts-Comptables Méditerranéens (FCM) (9), Fédération internationale des experts-comptables et commissaires aux comptes francophones (10), Pan African Federation of Accountants (PAFA) (11), etc. Chacun a sa géographie et ses objectifs.

A noter que la langue des entreprises au Moyen Orient est certes l’arabe, mais que la plupart des rapports d’audit sont rédigés en anglais et qu’il n’existe pas de programme de formation en comptabilité en arabe. Un projet de traduction unifiée des termes d’audit et de comptabilité en arabe est en cours et mobilise différents instituts de la région, car pour l’instant ils diffèrent d’un pays à l’autre.

 

Quels sont les défis auxquels cette profession est confrontée ?

HK : Dans un contexte économique, social et politique très difficile, de baisse de prix des matières premières et plus particulièrement le pétrole, la plupart des pays cherchent à se tourner vers de nouveaux schémas de structuration de leurs économies. Pour cela, ils éprouvent le besoin de normaliser leurs méthodes et de développer une information financière fiable et de qualité, avec un système comptable qui soit à la fois adaptable au contexte économique et tenant compte des référentiels internationaux. Le rôle des experts-comptables et de leurs instituts est donc crucial dans cette nouvelle phase de développement qui s’ouvre.

 

GC : C’est pourquoi le niveau de formation, source de compétence, apparait comme fondamental. Les normes internationales ne sont pas appliquées uniformément. Le contrôle de qualité est de surcroît une réelle préoccupation, pour lequel il a été suggéré que la Fédération arabe ait un rôle à jouer. De même, l’indépendance des professionnels est une préoccupation actuelle, lorsque les honoraires sont trop faibles par exemple. La profession est en quête de respectabilité dans la région : on respecte le médecin, l’ingénieur, mais pas encore suffisamment le comptable. Elle est aussi en quête de protection face à certaines situations de fraude, de blanchiment d’argent ou d’évasion fiscale. Enfin, un dernier défi serait celui de sa représentation dans les instances internationales.  

 

En quoi les experts-comptables français peuvent-ils apporter un appui  à leurs confrères ? Quelles sont les missions confiées à la profession française ? Quelle est notre valeur ajoutée ?

HK : Le point de vue de la profession française suscite l’intérêt pour deux raisons : son aspect réglementé et son opérationnalité. Dès leur discours d’ouverture de la Conférence du Caire, les représentants de la Fédération arabe ont positionné la profession française comme étant un réel partenaire pour la région toute entière, aux côtés de leurs traditionnels associés anglo-saxons, ce qui est une première. Les professionnels arabes ont exprimé leur réel besoin d’être accompagnés par la PCLF pour l’amélioration de l’organisation de leurs cabinets, de la qualité des prestations dispensées en vue d’une meilleure productivité, et nous disposons d’outils, tels que le Pack Petites Entités, pour les accompagner dans ce processus.

 

GC : L’audit des PME et l’application des normes internationales est en effet au centre des préoccupations régionales. Une formation au dispositif Pack PE en anglais intéresse d’ores et déjà quatre pays : le Liban, la Jordanie, l’Egypte et la Palestine. Une traduction en arabe est envisagée, mais nécessite un accord préalable sur un glossaire commun en langue arabe.

Autre action qui suit notre présence au Caire : la profession égyptienne a souhaité mieux connaitre la profession française et a saisi le cadre d’un jumelage financé par l’Union européenne pour solliciter une visite d’études auprès du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables et de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes, qui sera organisée à la fin du mois de mai. En particulier, ses représentants souhaitent connaître les aspects liés à notre règlementation, à notre supervision et à l’organisation de la formation en France.

 

Quelles sont les perspectives de partenariats dans la région ?

HK : Les perspectives, c’est un vaste sujet et ce pour toutes nos actions et nos champs d’intervention. Pour ne parler que des pays ci-dessus évoqués, il est une certitude que nos chances de développer des missions et surtout d’établir des liens et des partenariats solides sont importantes. Avant cela, il nous faudra :

  • organiser nos structures ;
  • mettre les moyens humains et financiers ;
  • exprimer une volonté claire et limpide pour collaborer en bonne intelligence.

In fine, notre actuel souci est de remplir et d’accomplir dans les délais et dans les meilleures conditions nos obligations des prochains mois.

 
1. Appellation désignant conjointement la CNCC et  le CSOEC.
2. theafaa.org.eg
3. Cf SIC n°332, septembre 2014 « The Exchange: un grand succès pour la commission Coopération et Partenariats ! »
4. Direction du Développement et des Partenariats Internationaux, rattachée à la DIPAC : Délégation Internationale pour l’Audit et la Comptabilité.
5. Président de la Commission Coopération
6. Responsable DDPI
7. Chargé de projet DDPI
8.  Assistante DIPAC/DDPI
9. www.fcmweb.org : 21 instituts de 16 pays du Sud et du Nord de la Méditerranée, membre de l’IFAC.
10. http://fidef.org : 36 pays francophones sur 4 continents, membre de l’IFAC.
11. www.pafa.org.za : Organisation pan-africaine membre de l’IFAC regroupant 43 organisations issues de toute l’Afrique. NB : La France est membre de FCM, de la FIDEF et est membre affilié à la PAFA.

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