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Philippe Arraou lors de la plénière de clôture

Je vois dans la fiscalité une mission quasi d’éternité pour notre profession.

Notre 71e Congrès touche à sa fin et je suis heureux d’affirmer que nous avons su relever un double défi : tenir à Bruxelles, le premier congrès de l’Ordre hors des frontières françaises, et faire de ce congrès un véritable événement européen, voire mondial, de notre profession.

Ce congrès exceptionnel a réuni près de 5 000 experts-comptables de 54 nationalités, dont 1 500 experts-comptables belges. Je tiens à remercier très sincèrement nos confrères de l’IEC belge pour leur accueil chaleureux, leur enthousiasme à s’associer au projet, dès la première minute, et à contribuer au succès indéniable de cet événement.

A l’heure où le sentiment généralisé de peur et de repli sur soi se fait grandissant, et menace l’intégration européenne, merci à vous tous, ici présents, d’avoir osé franchir les frontières pour venir à Bruxelles, ville martyre du terrorisme, à l’instar de Paris, et de malheureusement bien d’autres villes dans le monde aujourd’hui.

Nous démontrons ainsi, tous ensemble, qu’une des caractéristiques essentielles de notre profession est l’audace ! Cette audace qui a toujours guidé notre évolution professionnelle au fil des décennies, nous poussant sans cesse à nous adapter aux demandes évolutives de nos clients. Cela peut sans doute passer pour une banalité mais l’expertise comptable d’aujourd’hui n’a déjà plus rien à voir avec celle d’il y a 20 ans. Et je suis prêt à parier que dans 5 ans à peine, notre exercice professionnel aura encore considérablement évolué, au rythme des mutations profondes de notre économie, de notre société et des besoins de nos clients. Les experts-comptables sont des individus engagés, au service de l’économie et des entreprises, et savent prendre leurs responsabilités.

 

Notre profession est confrontée à un défi majeur : celui de la transition numérique. La révolution numérique n’attend pas, elle bouleverse tout sur son passage, n’épargne aucun secteur d’activité, et certainement pas le nôtre. L’automatisation de la comptabilité, sous l’effet des logiciels de comptabilité et de gestion de 4e génération, fait s’effondrer la valeur ajoutée de la comptabilité établie par un expert--comptable. De moins en moins de chefs d’entreprise sont prêts à payer pour de la tenue des comptes, ni même pour l’établissement de leurs états financiers, si la prestation n’est pas accompagnée de conseils.

Plus qu’une menace, la révolution numérique représente en réalité une magnifique opportunité pour la profession dans l’accompagnement des entreprises.

 

Que nous demandent nos clients ? De l’accompagnement pour l’ensemble des tâches qui ne font pas partie intégrante de leur cœur de métier, du « full service » comme on dit en bon français, et du conseil, du conseil et encore du conseil !

Souvenez-vous du Congrès de l’année dernière au sujet de l’expert-comptable numérique…

Souvenez-vous du sondage Harris qui a révélé que c’est à leur expert-comptable que les chefs d’entreprises font le plus confiance pour les accompagner dans la transition numérique.

Souvenez-vous du discours du Premier ministre, Manuel Valls, qui a reconnu les experts-comptables, déjà experts en fiscalité, en droit du travail, en gestion, en responsabilité sociale et environnementale… comme les professionnels sur lesquels le gouvernement compte, pour accompagner la transition numérique des TPE et des PME.

Cette confiance des entreprises, mais aussi des pouvoirs publics, justifie l’action du Conseil supérieur pour faire des membres de la profession de vrais experts en matière de transition numérique. Rendez-vous est pris le 8 novembre pour le lancement officiel de notre campagne d’accompagnement des cabinets : « cap sur le numérique ».

 

Pour en venir aux travaux de ce congrès, notre engagement dans le conseil aux entreprises commence indubitablement par la matière fiscale. Avec comme thème « Expert-comptable, Expert-fiscal » nous avons voulu affirmer l’importance que nous accordons à la fiscalité. Nous sommes les professionnels du conseil fiscal, ceux auxquels nos clients s’adressent. Sur ce sujet également nous avons leur confiance, comme nous l’avons de la part des pouvoirs publics. Notre position intermédiaire entre les entreprises et les services de l’Etat est un honneur pour la profession : elle nous rend incontournables et nous renforce. Au rythme de l’évolution technologique, nul ne peut dire ce que sera notre rôle pour la comptabilité des entreprises dans le futur. Mais une chose est sûre : les entreprises et l’Etat auront toujours besoin de nous sur le terrain de la fiscalité. Je vois dans la fiscalité une mission quasi d’éternité pour notre profession.

Je suis heureux que ce congrès ait été l’occasion de rappeler l’implication des experts-comptables en fiscalité. La démarche de nous adresser aux autorités européennes n’est pas passée inaperçue et les médias s’en sont largement fait l’écho.  C’est une démarche citoyenne qui met la profession en avant. Notre livre blanc remis au commissaire Moscovici est un acte politique fort. D’autant plus fort qu’il est partagé entre six pays majeurs de l’Union européenne : France, Belgique, Allemagne, Italie, Espagne, et Portugal. Les six professions prennent l’engagement de contribuer ensemble à l’élaboration de règles fiscales européennes.

Et puis ce congrès aura été l’occasion pour chacun de renforcer son expertise, son savoir-faire en fiscalité pour mieux servir ses clients. Les très nombreux ateliers et conférences ont connu un vif succès, et tous les retours sont positifs. Chacun va repartir chez lui avec un « plus » et nous pourrons dire qu’il y a eu « l’avant » et « l’après » Bruxelles.

 

Je retiens notamment la méthode fiscalo-comptable qui vous a été présentée. Même si elle semble anodine, je peux vous garantir que ce n’est pas anecdotique. D’un côté elle apportera de la sécurité à nos clients, et le Fichier des Ecritures Fiscales devrait devenir très rapidement incontournable. D’un autre côté, je prête à cette approche un grand avenir, car je suis convaincu qu’elle permettra dans un futur proche d’avancer sur le chemin de la normalisation comptable internationale. Nous savons que les blocages viennent de la fiscalité. Dans les pays de droit romano-germanique, la comptabilité est l’élément de preuve de la fiscalité et les deux sont indissociablement connectés. Au point que l’adaptation des normes comptables nationales est bloquée par rapport à des normes internationales d’un concept fortement anglo-saxon, différent. En permettant un enregistrement en comptabilité des retraitements fiscaux, nous devrions pouvoir lever le verrou.

Une chose est certaine : la pérennité des normes nationales est condamnée, certainement à courte échéance. Il est inconcevable qu’une opération économique soit traduite de façon différente en passant une frontière, entre pays voisins. L’Europe et la construction du marché unique ne peuvent pas se satisfaire de la situation actuelle, et il faudra bien en sortir.

Je formule le vœu que le congrès français de 2017 aura posé une pierre fondatrice dans le processus de construction de la normalisation comptable internationale.

 

Les élus du Conseil supérieur de l’ordre des experts-comptables ont à cœur d’anticiper les évolutions et de prendre en main le destin des cabinets. Au-delà du suivi des missions régaliennes attribuées à l’Ordre, il convient d’avoir un rôle politique et prospectif et de porter des projets. C’est ce que nous avons fait au cours de cette mandature, qui approche à sa fin, et je suis très fier de diriger cette équipe d’élus. Je leur adresse mes plus sincères remerciements, car chacun a sa part dans le succès global. C’est un travail considérable qui est produit par l’institution, sur la base du bénévolat et de la générosité. Au-delà des élus du Conseil supérieur, ce sont les élus dans les régions, mais aussi tous ceux qui participent aux différents travaux sans forcément être élus, qui méritent notre gratitude. A tous un grand merci, un grand coup de chapeau. C’est grâce à votre engagement que l’institution est reconnue et que nous pouvons maintenir le principe de l’autorégulation. Imaginez un instant ce que pourrait être l’encadrement d’un exercice professionnel pour une profession aussi réglementée que la nôtre si notre fonctionnement était défaillant ou n’inspirait pas suffisamment confiance. C’est donc une institution forte dont ont besoin les cabinets, pour les représenter, les défendre et construire l’avenir.

 

Au sujet des institutions de la profession, l’idée d’un rapprochement circule, que j’aborderai rapidement. J’ai bien noté que ceux qui l’abordent sont animés d’une volonté de donner plus de force à la représentation de l’ensemble de la profession. J’y suis personnellement favorable, à une réserve près. Je pense que le projet ne peut consister à faire absorber l’une par l’autre, car ce ne serait pas digne de notre profession. La bonne approche est certainement de repenser le modèle pour partir sur une base nouvelle. Je crois la profession suffisamment mûre pour aborder le sujet sereinement, en dehors de toute passion ou recherche d’intérêts privés, et je suis prêt à participer à toute réflexion qui se donnera cet objectif à atteindre.

 

 

Pour l’heure, la profession de l’expertise comptable connaît un grand chambardement.

D’un côté l’évolution de notre société et des nouvelles technologies fait évoluer notre environnement, et surtout la demande de nos clients. Nous devons impérativement nous adapter, en suivant les bons conseils de Monsieur Darwin. De l’autre, nos textes ont évolué. Oh ils n’ont pas évolué tout seuls, je vous rassure.  Il a fallu porter les projets, argumenter, convaincre, les défendre contre des attaques partisanes pour qu’ils voient le jour. La vie politique agitée de notre pays a fait que tout n’a pu aboutir, et que certaines mesures ont fait les frais du débat parlementaire. Je pense aux honoraires de succès et au maniement de fonds par exemple. Je souhaite de tout cœur qu’elles finissent par être légalisées car la profession en a grand besoin. Surtout dans le contexte d’évolution de nos missions.

Je retiens pour ma part la dernière réforme, sans doute la plus importante dans la perspective de saisir les opportunités qui s’offrent à nous : la loi Macron du 6 août 2015. L’article 62 qui nous autorise à faire du conseil à titre principal, sans dépendre d’une mission comptable, est une véritable révolution pour notre profession. Le législateur a estimé que nos règles d’éthique méritaient d’être extrapolées au marché du conseil pour apporter de la sécurité aux entreprises. C’est notre rôle de tiers de confiance qui est amplifié. D’où l’intérêt de savoir conserver notre déontologie pour nos missions de conseils. C’est elle qui fait notre force et qui nous donne un avantage concurrentiel sur le marché. Je peux vous dire que beaucoup nous envient et que nous ne devons pas nous tromper de stratégie dans le développement de nos cabinets. Ce sont bien les cabinets inscrits à l’Ordre qui doivent conduire les missions de conseils, dans le cadre de nos règles déontologiques. La profession est ainsi résolument engagée dans le conseil aux entreprises, de toutes sortes. Vous connaissez ma formule : « de plus en plus experts, de moins en moins comptables » !

L’autre grande mesure de la loi Macron est l’ouverture à l’interprofessionnalié d’exercice aux experts-comptables et aux professions judiciaires et juridiques réglementées. Le dispositif n’est pas encore opérationnel puisqu’il manque encore un dernier décret, mais il ne saurait tarder. Nous aurons là aussi tous les moyens d’inscrire durablement la profession dans le service aux entreprises, avec un concept de cabinet certainement d’un type nouveau.

Toutes ces évolutions n’ont qu’un seul objectif : mieux servir nos clients. La relation que nous entretenons avec eux est le fruit de 70 ans de bons et loyaux services. Mais notre société a changé et les besoins ne sont plus les mêmes. Les cabinets doivent impérativement étendre le périmètre de leurs missions s’ils veulent conserver leur place privilégiée de premiers conseillers des entreprises. Nous partons avec un avantage considérable : un capital confiance que beaucoup nous envient. A nous de le faire fructifier, car rien n’est éternel en ce bas monde, et nos clients auraient vite fait d’aller voir ailleurs si notre service ne devait pas répondre à leurs attentes.

C’est pourquoi j’ai envie de vous dire, chères consœurs, chers confrères, n’ayez pas peur ! N’hésitez pas à vous engager dans des services nouveaux, à définir une stratégie de marché, et à vous lancer dans une aventure entrepreneuriale, quelle que soit la taille de votre cabinet. L’Ordre est là pour vous encourager et vous accompagner. Nous avons lancé le 22 juin la première « Journée du conseil » et allons continuer sur cette voie. Nous allons tenir le 8 novembre la « Journée du numérique » pour initier notre grand plan d’action d’accompagnement des cabinets. C’est notre réponse positive et optimiste aux défis qui se présentent à nous. Sachons transformer les menaces en opportunités et nous assurerons les beaux jours de la profession.

 

Chers consœurs, chers confrères, l’avenir sera radieux à qui saura évoluer pour saisir ces nombreuses opportunités nouvelles, mais il sera fatal à celui dont l’activité comptable restera l’essentiel de son activité. Nous vivons une époque exaltante ! Mes pensées s’adressent aux jeunes de la profession, et aux stagiaires qui viendront renforcer les rangs. Vous avez fait un bon choix en embrassant cette profession et vous avez beaucoup de chance d’arriver au moment de cette révolution en cours. Tout, ou presque, est à faire et l’avenir vous appartient. Comme j’aimerais avoir trente ans aujourd’hui ! Pas vous ?

 

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