DECEMBRE 2016

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Interview de Philippe Arraou

« Je compte faire rayonner la profession française à l’échelle internationale, protéger son référentiel national, et apporter des solutions concrètes face aux défis de son évolution »

Le 17 novembre 2016, Philippe Arraou a été élu au Board de l’Ifac, l’organisation mondiale de la profession, pour un mandat de trois ans.

 

Vous venez d’être élu au Board de l’Ifac. Pouvez-vous nous décrire ce Board ?

L’organe suprême de l’Ifac ne compte que 23 membres avec son président et sa composition est beaucoup plus hétéroclite que celle de nos institutions françaises. Les professionnels en exercice en cabinet ne sont que douze sur cette mandature, les autres se répartissant entre des directeurs financiers (2), des comptables publics (2), des universitaires (2) et des secrétaires généraux d’instituts nationaux (4). Vous pouvez imaginer que pour les douze places d’experts-comptables et/ou commissaires aux comptes il y a du monde au portillon. De plus il faut savoir que sur les 23 membres, neuf sont des Anglo-saxons ! C’est pourquoi je suis très fier de cette élection car elle n’était pas évidente.

 

La France ne siège donc pas d’office au Board de l’Ifac ?

Aucun pays ne siège d’office, et les membres sont élus selon une procédure extrêmement stricte. La France faisant partie du « top 12 » des plus gros contributeurs, quand elle n’a pas de membre élu, elle a une position de membre observateur, ce qui permet au représentant des deux institutions françaises d’assister aux séances du Board, ce que j’ai fait pendant cette année 2016. C’est mieux que rien car cela permet de suivre l’actualité. Mais être élu donne une légitimité qui permet d’être intégré dans les commissions, et de pouvoir représenter l’Ifac.

 
Etes-vous le premier Français à siéger au Board de l’Ifac ?

Loin de là ! Je ne fais que succéder à d’illustres confrères français qui m’ont précédé à ce poste, qui ont été notamment, en remontant chronologiquement : Jacques Potdevin, William Nahum, René Ricol, Bernard Germond. La France a surtout eu le très grand honneur de présider l’Ifac en 2003 et 2004 grâce à René Ricol, qui a fait une présidence remarquable au moment où les scandales financiers ont éclaboussé la profession.

 

Quelles seront vos fonctions au sein du Board ?

La première fonction est de participer à la prise de décision : le Board est l’organe exécutif. Il y a quatre sessions de deux jours par an, en général à New-York. Ensuite chaque membre participe à une ou plusieurs commissions qui sont limitées à quelques personnes. J’ai la chance que la nouvelle présidente, l’Australienne Rachel Grimes, m’ait proposé de faire partie du groupe d’observation des politiques publiques (PPRAG). C’est une structure qui surveille et analyse tout ce qui passe à l’échelle planétaire, et vient en amont des actions à engager. Par exemple le lien est très fort avec le G20 ou l’OCDE. Il convient de veiller aux intérêts de la profession du chiffre sur tous les projets internationaux, mais aussi de proposer des collaborations.

 

Aurez-vous une responsabilité particulière ?

Il se trouve que l’ouvrage que j’ai écrit cet été « L’expert-comptable et l’économie numérique », et que j’ai traduit en anglais et en espagnol, a attiré l’attention de l’Ifac car il est unique en son genre. Une discussion a été engagée à l’assemblée générale, et j’ai pu témoigner de l’expérience de la France, depuis le congrès de l’Ordre sur le numérique en 2015, congrès auquel avait assisté la présidente Olivia Kirtley. Comme peu de pays ont engagé une réflexion collective sur le sujet de la transition numérique et une action pour accompagner les cabinets, l’expérience française intéresse de nombreux pays, et c’est assez naturellement qu’il m’a été demandé de diriger une réflexion dans un groupe de travail sur les nouvelles technologies qui doit être lancé au début de l’année 2017. J’en suis très heureux car je vais pouvoir relayer les travaux engagés en France, et donner une dimension mondiale à certaines actions. Ce projet me tient à cœur et le porter à l’échelle mondiale est extrêmement exaltant.

 

Quels sont vos autres projets ?

J’ai appelé à la création d’un autre groupe de travail sur le sujet de la fiscalité. Certains des travaux de notre congrès de cette année à Bruxelles ont une dimension internationale évidente, dépassant l’échelle européenne. Par exemple l’adaptation des règles de territorialité des impôts directs à l’économie numérique demande à être traitée au plus haut niveau, et je considère que l’Ifac doit participer à ce débat pour apporter le témoignage des professionnels de terrain que nous sommes. J’espère être entendu sur ce sujet, qui sera débattu lors du prochain Board de mars 2017.

Par ailleurs, j’ai à cœur de promouvoir la normalisation de l’expertise comptable sur le modèle français. Les missions aux entreprises non soumises à l’audit, c’est-à-dire pour les PME, ne font l’objet d’aucune réglementation, si ce n’est pour les missions de compilation qui n’ont rien à voir avec celle de présentation des comptes annuels. Je pense que c’est une lacune et qu’il est essentiel de disposer d’un référentiel normatif à l’échelle internationale. Je suis très heureux que l’IAASB ait répondu favorablement à ma proposition d’organiser un Forum à Paris au mois de janvier pour comparer les quelques pratiques nationales en vigueur. J’en attends une prise de conscience pour engager des travaux de normalisation qui sortent du seul cadre de l’audit, et soient utiles à la très grande majorité des cabinets. Ne pas disposer d’un référentiel normatif international pour l’expertise comptable est une lacune qui peut s’avérer dangereuse pour notre pratique française. Là aussi j’espère bien convaincre.

 
Vous avez donc de beaux projets !

Ceux qui me connaissent savent que je suis un homme de réflexion, de projet et d’action. Si je me suis intéressé à ce mandat, c’est pour m’engager et travailler, et porter haut et fort le message de la profession française, notamment pour notre pratique de haut niveau de services rendus aux PME, que ce soit en expertise comptable ou en commissariat aux comptes. Je compte bien ainsi faire rayonner la profession française à l’échelle internationale, mais également lui être utile en protégeant son référentiel national, et en lui apportant des solutions concrètes face aux défis de son évolution. 

 

Photo 1 : Philippe Arraou entouré de Rachel Grimes, présidente de l'Ifac, et Olivia Kirtley, ancienne présidente de l'Ifac

Photo 2 : Fayezul Chouduruy, secrétaire général de l'Ifac, et Philippe Arraou

Photo 3 :  In-Ki-Joo, vice-président d'Ifac, et Philippe Arraou

 

 

 

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