FEVRIER 2017

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Historique

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2015-2017 : une mandature au service des cabinets

Interview de Philippe Arraou, président du Conseil supérieur

“N'ayez pas peur du numérique. Il faut se réinventer, créer de nouvelles synergies et transformer les risques en opportunités…”
Au cours de votre mandat, vous avez contribué à faire évoluer la profession d’expert-comptable. Selon vous, quel est son nouveau visage ?

De nouvelles dispositions légales ont élargi le périmètre d’intervention des experts-comptables et sont le fruit d’une revendication de notre part. Je pense par exemple à la loi Travail, dite El Khomri, qui a attribué une mission légale aux experts-comptables pour accompagner les salariés et leurs représentants dans la négociation. J’y vois la traduction d’une reconnaissance dont nous pouvons être fiers, et dont on peut mesurer l’importance à l’aune de la réaction d’autres professions.

 

Un autre exemple de l’évolution de notre profession fut en 2015 la loi Macron, qui a reconnu explicitement notre capacité à répondre aux besoins très divers de nos clients, notre utilité concrète pour les entreprises, et particulièrement pour les plus petites d’entre elles. Le périmètre d’intervention de notre profession a ainsi été étendu et sécurisé en autorisant expressément l’expert-comptable à réaliser des missions de conseil, désormais sans aucune mission comptable préalable.

 

On peut se réjouir, par ailleurs, que les experts--comptables et les professionnels juridiques et judiciaires réglementés aient la possibilité d’exercer leurs activités au sein d’une même structure, et de proposer à leurs clients un service pluridisciplinaire complet. Cette disposition, appelée de nos vœux car réclamée par les entreprises depuis longtemps, permettra enfin de donner véritablement corps au concept de pluri-professionnalité.

Tout ceci constitue des avancées considérables dans l’histoire de notre profession dont nous pouvons être fiers. A la confiance de nos clients, s’ajoute celle des autorités publiques, traduite par ces évolutions réglementaires. Nos règles d’éthique sont synonymes de sécurité, et les valeurs fondamentales de notre profession sont toujours aussi prégnantes. Nous devons voir dans ces modifications de notre déontologie une attente pour un nouveau type de cabinet, tout particulièrement sur le sujet du conseil. Je pense que nous nous trouvons à la fin d’un cycle et que la profession est confrontée à son avenir, avec un sérieux virage à prendre.

 
Quels sont les nouveaux enjeux de la profession ?

L’enjeu majeur auquel nous sommes tous confrontés est celui de l’entrée dans l’ère numérique. Les experts-comptables sont concernés à double titre : pour leur propre cabinet, mais aussi pour leurs clients. Nous avons la charge de conduire la dématérialisation, ce qui aura pour conséquence inéluctable de supprimer les tâches d’enregistrements comptables. Mais la comptabilité ne disparaît pas pour autant, et nous resterons les professionnels qui assureront son élaboration, avec une autre technologie, la surveilleront, et produiront les informations financières. Il n’y a donc aucun souci pour le futur de la profession, à condition toutefois de bien appréhender le changement de paradigme. Il convient de revoir son modèle, de définir une nouvelle stratégie, d’entrer dans une démarche de dématérialisation généralisée et de connexion à son environnement pour rechercher le meilleur usage de la donnée. Nous devenons des experts-comptables numériques !

 

Vous avez engagé, à ce titre, un plan d’accompagnement à la transition numérique, le 8 novembre 2016 : qu’en est-il ?

Le programme d’accompagnement des cabinets comptables par l’Ordre est entré dans sa phase active à travers trois actions : l’élaboration d’un support de sensibilisation sur la révolution numérique et ses impacts pour les cabinets, qui va être présenté et animé par les Conseils régionaux ; la mise en place d’une journée de formation gratuite via les IRF complétée par la mise en ligne de modules d'e-learning thématiques et l’élaboration d’un auto-diagnostic sur le numérique avec deux versions : une pour le cabinet, et une pour les collaborateurs.

 

Par ailleurs, nous avons souhaité aller plus loin en signant un partenariat national avec BPI France afin d’aider les cabinets d’expertise comptable à financer les investissements liés à leur transition numérique par le biais du Contrat de Développement Investissement. Notre volonté est de permettre une modernisation des systèmes d’information et des processus des cabinets qui nécessitent un effort d’investissement dans les outils numériques afin d’améliorer la productivité des missions traditionnelles et de s’orienter sur les missions de conseil à valeur ajoutée.

La plupart de nos clients sont également confrontés comme nous à la transition numérique. Forts de la confiance qu’ils nous accordent, nous nous employons à faire du numérique une opportunité pour les TPE-PME françaises. C’est pourquoi, le Conseil de l’Ordre s’est engagé comme partie prenante du plan « #Croissance connectée » lancé par le Conseil National du Numérique (CNNum) pour accompagner les TPE-PME dans leur transition numérique. Les experts--comptables sont ainsi identifiés comme les acteurs de cette transition, ce qui est un positionnement stratégique pour la profession.

 

Enfin nous allons lancer un think-tank qui accompagnera l’action de l’Ordre : l’Académie du numérique.

 

Quel message souhaitez-vous adresser à vos consœurs et confrères inquiets de la transition numérique ?

J’ai envie de leur dire de ne pas avoir peur. Il faut se réinventer, créer de nouvelles synergies et transformer les risques en opportunités… Ce sont bien les défis permanents des cabinets. Nous devons nous intéresser demain plus qu’aujourd’hui au système d’information de nos clients et avoir comme objectif d’apporter de la valeur ajoutée en recherchant le meilleur usage de la donnée. Il convient de capter l’information le plus en amont possible pour la faire circuler, l’enrichir, l’exploiter, la restituer. La transformation numérique doit être perçue comme une opportunité magnifique pour les cabinets, afin de faire évoluer leur offre de services, et d’être plus utiles à leurs clients en apportant plus de valeur ajoutée. C’est pourquoi je vois dans l’avènement de l’économie numérique une opportunité extraordinaire pour les experts-comptables de se positionner auprès des entreprises avec un rôle et une fonction plus valorisants que la seule prise en charge des obligations comptables et déclaratives des entreprises. Il est certain que cela nous obligera à nous impliquer davantage dans les affaires de nos clients, ce qui n’est pas une contrainte, mais une chance que nous devons saisir. 

 

Cette opportunité que représente le numérique peut-elle pallier au manque d’attractivité de la profession ? Quelles actions menez-vous pour attirer les jeunes ?

L’économie numérique comme l’évolution de notre déontologie amène à un nouveau type de cabinet, ouvert et riche dans son offre de services. Les jeunes vont y voir des opportunités de carrières, qu’ils n’auraient pas imaginées jusque-là. Nous avons besoin de profils nouveaux, pour des missions à forte valeur ajoutée. Il s’agit d’une évolution fondamentale de la profession, et c’est le bon moment pour les jeunes de s’intéresser aux cabinets d’expertise comptable. Je répète chaque jour « de plus en plus experts, de moins en moins comptables ». Cette formule fait référence à l’évolution des missions de la profession. Nous sommes attendus sur le conseil et l’accompagnement de nos clients, ce qui exige un haut niveau d’expertise dans des spécialisations très variées. La maîtrise de la seule matière comptable ne suffit plus à répondre aux attentes de nos clients.

 

Et puis l’évolution de notre déontologie passe aussi par l’ouverture du capital des sociétés d’expertise comptable. Il n’est plus besoin d’être membre de l’Ordre pour être associé, ce qui va permettre d’inclure dans la stratégie et l’action des cabinets d’autres professionnels. C’est un nouveau type de cabinet qui est voulu par le législateur, riche de diversité, et fort de ses règles d’éthique. Tout est fait pour que les jeunes trouvent des débouchés passionnants dans notre profession, quels que soient leurs centres d’intérêts.

J’ai d’ailleurs engagé un cycle de conférences dans les grandes écoles de commerce et les universités sur l’évolution de la profession, et je peux vous affirmer que le message passe beaucoup mieux aujourd’hui en parlant de missions de conseils, et de numérique, plutôt que de tenue des comptes et d’audit. Il faut faire connaître le changement qu’est en train de vivre notre profession car ce sera grâce à l’arrivée de nouveaux talents dans les cabinets que nous concrétiserons et réussirons notre mutation.

 

Dans quelques mois, vous quitterez la présidence de notre institution, quels enseignements tirez-vous de cette présidence ?

J’ai vécu une expérience d’une incroyable intensité humaine, entouré d’une équipe d’élus qui a fait un travail considérable sur la base du bénévolat et de la générosité, et de collaborateurs très compétents et dévoués, grâce auxquels nos projets, parfois un peu fous, ont pu se réaliser. C’est une aventure humaine merveilleuse que je souhaite à chacun de vivre car elle est extrêmement nourrissante. Le Conseil supérieur est une très belle institution, et le mandat de le présider est absolument magnifique. J’y ai trouvé réponse à mon appétit d’aller de l‘avant, de porter des projets, d’anticiper des évolutions et de construire l’avenir. Je m’y suis donné avec passion, et j’ai vécu deux années de ma vie d’une incroyable intensité, totalement absorbé par ma fonction. Je pense pouvoir dire que notre action collective a aidé à conforter la place de l’Ordre, déjà bien plantée dans le décor et jouissant d’une forte notoriété.

 

Les résultats de notre action sont là, et notre mandature de quatre années aura porté ses fruits pour renforcer le rôle des cabinets dans l’économie. Je pense surtout à la loi Macron, qui permet aux experts--comptables d’offrir le visage d’une profession réglementée moderne et en marche vers un avenir radieux. Je pense aussi à l’action portée au niveau européen qui aura permis de transposer la Directive services sans trop de dégâts pour notre déontologie, ayant su préserver notre prérogative d’exercice. Ces actions ne se voient pas, et par conséquent ne se mesurent pas. Mais je peux vous dire qu’elles prennent beaucoup de temps et d’énergie pour qui veut bien s’y consacrer. 

 

Et puis nous avons affirmé le rôle citoyen de la profession, et son engagement au service de l’intérêt général, en nous manifestant souvent auprès des pouvoirs publics pour faire des propositions sur les sujets que nous maîtrisons : économie, fiscalité, social notamment. Non seulement à notre tutelle et au gouvernement français, mais aussi aux autorités européennes, avec notre congrès tenu à Bruxelles en 2016, et la remise d’un livre blanc à la Commission européenne. Ces actions ne sont pas passées inaperçues, et ont contribué à donner une bonne image de la profession.

 

Quels sont vos projets pour le futur ?

Ceux qui me connaissent savent que je suis un homme de réflexion, de projets et d’actions. Je ne vais donc pas disparaître du paysage avec la fin de ma présidence. Je vais poursuivre mon action au Conseil supérieur sur deux domaines. Tout d’abord sur le sujet du numérique qui a pris beaucoup de mon temps et de mon énergie depuis de nombreux mois. Je porterai l’action de l’Académie du numérique, nouvelle structure satellite de l’Ordre qui fait partie intégrante de notre plan d’action d’accompagnement à la transition de la profession. Et puis je vais continuer à porter l’action internationale de la profession, ce que je faisais déjà auparavant. Je viens d’être élu au sein du board de l’Ifac, ce qui m’honore et m’oblige, et mon intention est clairement de m’engager activement pour porter haut et fort le message de la profession française. Dans mes projets, il y a la volonté de faire reconnaître la pratique d’une expertise comptable de haut niveau au service des PME, mais également de commissariat aux comptes. Une première étape est engagée avec l’IAASB, le normalisateur mondial de l’activité professionnelle, et j’ai bon espoir de faire avancer ce projet rapidement. Par ailleurs, j’arrive à l’Ifac avec notre expérience d’accompagnement des cabinets sur le numérique, et de mise au point de produits, tels Signexpert, Expertpass, Comptexpert, plus nos projets pour des développements de services, qui pourraient parfaitement s’envisager à l’échelle mondiale, car la particularité du numérique est qu’il ne connaît pas de frontières.

Enfin, je compte bien donner une suite aux travaux du congrès de Bruxelles sur la fiscalité avec notre proposition de revoir la définition de la règle de territorialité de l’impôt sur les bénéfices. Le commerce électronique bouleverse notre économie traditionnelle, ce qui est une évolution inexorable, mais qui ne peut s’accepter que dans le cadre d’une fiscalité comparable. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation d’injustice fiscale, et vivons une période que j’ai qualifiée de “Far-West” dans mon livre sur le numérique. Les solutions doivent être envisagées au niveau le plus élevé et le plus global, et c’est à l’Ifac de porter ces sujets. Vous voyez que j’ai de quoi m’occuper pour continuer à rendre des services à la profession, pour mon plus grand plaisir ! 

 

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