DECEMBRE 2017

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L'importance de la rigueur de l'information extra-financière

A l’occasion du 17e Trophée RSE de la profession comptable, le 20 septembre dernier, 80 TPE, PME, ETI, experts-comptables, acteurs accompagnateurs d’entreprises, ont répondu présents pour parler de leur engagement et de leurs actions en faveur du développement durable.

Retours sur ces bonnes pratiques et retours d’expérience partagés qui permettent aux entreprises de mettre en œuvre leur démarche RSE.

 
La RSE, facteur de performance et de création de valeur

Comme l’a souligné Charles-René Tandé, président du Conseil supérieur, la volonté du législateur, de demander des informations extra-financières pertinentes et fiables, montre à quel point les informations financières ne suffisent plus. Informations financières et extra-financières forment un tout indivisible ! Elles donnent de la valeur aux entreprises. Elles les rendent performantes, compétitives.

Pour appuyer et étayer ces propos, Pascal Baranger, du département développement durable de PwC et deux représentants d’entreprise, Joël Tronchon, directeur DD du Groupe Seb, et Xavier Jégard, directeur comptable du groupe Eramet et président de l’APDC (Association des Professionnels et Directeurs Comptabilité et gestion) ont apporté leur vision lors du débat « L’importance de la rigueur de l’information extra-financière », animé par Geneviève Ferone, co-fondatrice associée de Prophil et expert en RSE.

 

Ces Informations extra-financières connaissent une évolution perpétuelle. En effet, dans les années 90, seul le bilan social était obligatoire pour certaines entreprises a rappelé Geneviève Ferone. C’est toutefois dans cette même décennie que Pascal Baranger, a reçu la première demande de vérification volontaire du rapport environnement par une grande entreprise qui souhaitait s’assurer que les informations mentionnées dans son rapport correspondaient bien à une réalité et par là-même rassurer ses investisseurs, administrateurs et parties prenantes. Puis ces demandes de vérification sont montées en puissance. Elles s’appuient bien évidemment sur une démarche volontaire des entreprises qui cherchent à crédibiliser leurs Informations, rendre plus mature leur processus de reporting RSE et mettre en avant leur démarche et leur engagement. Elles s’appuient également sur la réglementation. En 2001 d’abord avec la loi NRE (publication d’informations RSE par les entreprises cotées dans une annexe). Puis la loi Grenelle 2 qui a instauré non seulement la publication d’Informations RSE par certaines entreprises dans le rapport de gestion, mais également la vérification par un organisme tiers indépendant accrédité (OTI – qui rappelons-le peuvent être des experts-comptables et des commissaires aux comptes) de ces Informations. Aujourd’hui avec la transposition de la directive européenne relative à la publication d’informations non financière, certaines entreprises doivent établir une déclaration de performance non financière (DPNF) qui inclut la description du modèle d’affaires, une identification des risques liés à l’activité de l’entreprise et au regard des principaux risques, une présentation d’informations pertinentes montrant la maîtrise des risques et l’obtention de résultats. Cette DPNF se rapproche donc très fortement d’une démarche de reporting intégré liant ainsi informations financières et non financières. Ces deux types d’informations font l’objet de la même rigueur du processus de collecte et de présentation, ont donc le même poids, ma même sincérité et la même crédibilité auprès du vérificateur. Ceci concourant à montrer la performance de l’entreprise.

 

Toutefois, certains métiers de l’entreprise sont encore trop absents dans l’élaboration et la prise en compte de ces Informations extra-financières, comme le marketing par exemple explique Joël Tronchon ou encore les directions comptables ajoute Xavier Jégard. Or leur implication est nécessaire dans la création de valeur que génère la RSE. On note cependant une évolution des métiers à l’instar de nombreux fonds d’investissement ou du Groupe Seb où RSE et communication financière travaillent de concert sur ces questions.

La RSE, créatrice de valeur se mesure sur plusieurs niveaux de retours sur investissement. Tout d’abord au niveau du capital immatériel avec la réputation de la marque : des baromètres estimant la cote des marques en fonction de leur réputation RSE existent et montrent très clairement une corrélation entre le business et les parts de marchés associées, indique Joël Tronchon. En interne, la création de valeur passe par les ressources humaines et la marque employeur : la RSE permet d’attirer les compétences, de retenir les talents, de favoriser l’engagement des salariés dans l’entreprise. Tout ceci est mesurable notamment par des indicateurs (turn over, taux d’engagement, capacité à recruter), des enquêtes de satisfaction… Un dernier exemple de création de la valeur par la RSE : la décarbonation, qui certes montre de valeurs vertueuses pour l’environnement, mais qui permet également d’économiser du cash. Mais la RSE, c’est aussi des actions défensives (limitation des risques de réputation), de l’innovation et des prises de risques (les expérimentations pour lancer de nouveaux produits ou pour revoir leur conception peuvent être des échecs mais peuvent également permettre de rencontrer le marché, de se différencier et d’être précurseur), insiste Joël Tronchon.

Les ROI de la RSE peuvent donc être en monnaies sonnantes et trébuchantes, immatérielles, et sur plusieurs horizons.

 

Quant à Eramet, entreprise dans l’industrie lourde minière et métallurgique, Xavier Jégard explique qu’elle traite depuis longtemps des sujets relatifs au développement durable mais qu’elle n’en parlait pas. Jusqu’à l’arrivée de la réglementation, qui a permis de mettre en avant les actions mener, de pouvoir continuer de travailler avec les Etats dans lesquels les exploitations sont installées et de s’assurer l’adhésion des salariés et de la population. Par ailleurs, aujourd’hui dans tous les dossiers d’investissement, une analyse de risques environnementaux et sociétaux est présentée au comité d’audit ou au conseil d’administration.

 
Et demain, que souhaiter ?

Joël Tronchon souhaite que la RSE soit au cœur de la feuille de route de chacun des métiers de l’entreprise car chacun d’eux a des impacts et a des leviers de création de valeur.

Xavier Jégard rappelle la rigueur avec laquelle les informations financières sont remontées via des systèmes de reporting utilisés de façon habituelle et l’habitude c’est la rapidité, la fiabilité. On peut espérer que les directeurs comptables apportent cette même rigueur dans la remontée des informations non financières.

Quant à Pascal Baranger, il espère que les entreprises sauront saisir l’opportunité offerte par la Directive européenne sur les informations non financières et professionnels comptables sauront les accompagner sur ce chemin.

 

S’appuyer sur un réseau

François Jégard, président du Comité RSE et du Club DD du Conseil supérieur a ensuite donné la parole à des grands témoins qui accompagnent les chefs d’entreprise dans la facilitation de leur démarche RSE ont ensuite expliqué les actions mises en place dans leur réseau et le rôle des professionnels comptables en matière de RSE dans les entreprises. Cinq sujets ont été abordés : accessibilité et handicap, parité hommes-femmes, intégration sociale, lutte contre la corruption et entreprises responsables.

 
A.Accessibilité et handicap

Brigitte Thorin, déléguée ministérielle à l’accessibilité (DMA[1]) a défini l’accessibilité comme une réponse à des besoins vitaux des personnes handicapées, mais qui sert également les intérêts de toutes les personnes se rendant dans des lieux publics (parents avec des poussettes, accidentés, usagers des transports collectifs, touristes…). Par ses actions de sensibilisation, d’information, par ses publications de guides, par son rôle administratif, la DMA veut aujourd’hui accompagner plus spécifiquement les petits ERP (établissements recevant du public) de 5e catégorie (professions libérales, commerces de proximité) dans la mise en œuvre de l’accessibilité. Pour cela, l’appui des experts-comptables, en tant que conseil privilégié de ces ERP est indéniable. Quant à l’association des paralysés de France (APF[2]), elle défend les droits des personnes en situation de handicap et gère plus de 500 établissements et services sur toute la France. Pour Prosper Teboul, son directeur général, l’accessibilité doit être vécue comme une opportunité, voire une ressource, et non comme un coût, une contrainte. L’accessibilité est avant tout un enjeu culturel (accès aux salles de spectacle …à la culture en général pour les handicapés). Quant à une politique RSE incluant le handicap, elle démontre que l’on va jusqu’u bout de sa logique en enjeu sociétal, en termes d’accessibilité, d’achats responsables…

L’accessibilité, outre une problématique légale et réglementaire à gérer, des coûts à supporter, est également génératrice de retours sur investissements et d’accès à de nouveaux marchés (ex : en Catalogne, une augmentation de 20 % du chiffre d’affaires sur 6-8 ans a été enregistrée suite à la mise en accessibilité d’équipements touristiques).

 
Parité hommes/femmes

L’association des femmes experts-comptables[3] est née en 2011 d’une double opportunité pour la profession. Celle d’une part de la loi Coppé-Zimmerman qui a instauré des quotas pour les conseils d’administration des grandes entreprises. Et la seconde qui est l’ouverture des mandats d’administrateurs aux experts-comptables. Françoise Savés, sa présidente, est convaincue que la parité dans une entreprise en modifie la culture de par les valeurs que véhiculent les femmes, complémentaires à celles des hommes. La mise en place de la parité passe par des quotas : en-deçà de 40%, une minorité ne peut s’exprimer ni influer. En 2018, l’association va se préoccuper de l’intégration de la parité dans les cabinets d’expertise comptable.

 

B.Intégration et la diversité sociale

Saïd Hammouche a fondé Mozaik RH[4], premier cabinet de recrutement à but non lucratif dont l’objectif est d’accompagner les entreprises à trouver des talents dans les populations les moins connectées avec le monde économique. L’intégration sociale ne doit pas être prise sous le prisme de l’action sociale mais plutôt comme un sujet économique. En effet, avoir des compétences différentes permettent d’apporter de nouvelles idées, de nouvelles technicités et gagner en compétitivité et en innovation.

 
C.Lutte contre la corruption

Fella Imalhayene, déléguée générale du Global Compact France[5], a rappelé la genèse de cette initiative de 2000 par Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, qui s’articule autour de 10 grands principes qui tournent autour de quatre axes : environnement, normes internationales du travail, droits de l’Homme et lutte contre la corruption. Ce 10e principe ne touche pas que les grands groupes ou les marchés étrangers. Bien au contraire ! les PME sont impactées à double titre par la loi Sapin 2 entrée en vigueur en juin 2017 : celles de plus de 50 salariés doivent mettre en place un dispositif d’alerte en interne en cas de fraude et de situation de corruption. De plus, certaines PME peuvent être touchées par l’obligation qu’ont les entreprises de plus de 500 salariés et 500 millions de chiffre d’affaires d’évaluer la situation des clients et des fournisseurs : elles devront donc pouvoir répondre à des critères d’évaluation si elles souhaitent conserver les marchés. Global Compact France a mis en place des actions de soutien aux PME[6] sur ses 10 grands principes, actions que les experts-comptables peuvent partager avec leurs clients.

 
Entreprises responsables

Eric Groud, expert-comptable/commissaire aux comptes a expliqué la démarche RSE entreprise par la CCI Maine-et-Loire[7] sous sa présidence : les chambres de commerce sont des établissements publics et qui d’autre peut donner aux entreprises cette impulsion en matière de RSE, les sensibiliser et les accompagner ? Amélie Bossard, chargée de mission RSE de la CCI de Maine-et-Loire, a insisté sur le que ce n’était pas la performance qui était recherchée mais bien la volonté de prendre des engagements avec les partenaires, dont les experts-comptables. Il y avait une réelle volonté d’aider les entreprises, première partie prenante des CCI, dans leurs démarches RSE en les outillant financièrement pour identifier rapidement les retours sur investissement d’actions RSE, en développant leur réseau, en mettant en place des indicateurs permettant de mesurer le capital immatériel lié à la fidélisation des clients ou à la captation de nouveaux clients suite au développement de produits respectueux de l’environnement… Pour mener à bien toutes ces actions, la CCI a choisi de s’engager dans une démarche de labellisation Lucie, solution pratique de mise en œuvre des principes de l’ISO 26000 (norme non certifiable) dans l’entreprises, avec une méthodologie clé en main, comme l’a rappelé Michaël Troquet, responsable développement de l’Agence Lucie[8].

Les lauréats de cette 17e éditionCe Trophée, co-organisé pour la 4e année consécutive avec la CNCC a une nouvelle fois récompensé des entreprises à la démarche sociale, sociétale et environnementale équilibrée, transparente et fiable.
A cette occasion, Jean Bouquot, président de CNCC, a insisté sur le fait que les investisseurs attendent une vision d’ensemble, claire et précise des leviers de création de valeur de l’entreprise pour optimiser leurs décisions dans un écosystème de plus en plus mouvant et interconnecté. La RSE fait partie des leviers de création de valeur. Il a par ailleurs rappelé que la déclaration de performance non financière apparait comme un véritable outil de pilotage stratégique de l’entreprise et que la publication appropriée d’informations extra-financières est essentielle pour garantir une finance durable.

Toutes ces dimensions ont été abordées dans le débat qui a précédé la remise des prix des quatre trophées et « coups de cœur » suivants :
> Trophée de la Meilleure Qualité des Informations RSE soumises à l’article 225 au groupe SEB, leader mondial dans le domaine du petit équipement domestique, entreprise qui se renouvelle sans cesse (innovations technologiques, sociales…) et va au-delà de ses obligations légales et réglementaires.
« Ce prix est très cher à notre président, Thierry de la Tour d’Artaise qui est expert-comptable » a expliqué Joël Tronchon, directeur développement durable du Groupe, après avoir reçu le prix des mains de François Jégard, président du Comité RSE du CSOEC et Jean-Luc Barlet, président du groupe de travail RSE de la CNCC. Il a rappelé l’importance de la collaboration entre le monde de la finance et de la comptabilité et les experts de la RSE afin de pouvoir répondre à un certain nombre d’enjeux, tels que le carbone et le changement climatique.

> Trophée de la meilleure démarche RSE à BLB Vignobles, entreprise viticole familiale au double savoir-faire de producteur-négociant.
Bruno Le Breton, propriétaire de cette première entreprise viticole familiale de 11 salariés évaluée sur l’ISO 26000 a mis en avant le rôle prépondérant du réseau sur lequel il s’est appuyé pour l’aider à aller encore plus loin dans sa démarche RSE (communication, transparence, présentation des informations… allant jusqu’à l’obtention du Label Lucie). Avec son expert-comptable, il va maintenant se concentrer sur les indicateurs RSE : leur suivi, la collecte des informations, leur amélioration…

> Coup de Cœur « ETI » à Thermador Groupe, entreprise spécialisée dans la commercialisation d'accessoires pour le chauffage central et la sécurité sanitaire.
Philippe Bonnin, président du Comité ETI du CSOEC a remis le prix à Guillaume Robin, PDG du groupe de 319 salariés, récompensé notamment pour la co-construction de la stratégie et pour la qualité des Informations RSE du document de référence, exercice relevé haut la main pour une entité de cette taille. Thermador Groupe est une des rares entreprises en France à publier les salaires dans ses filiales et a souhaité la présence de femmes à son conseil d’administration, dont l’une représente les actionnaires particuliers très concernés par la RSE.

> Coup de Cœur « TPE » à Infotrafic, site d'information sur la circulation routière dont l’effectif est de 9 qui a su montrer une réelle volonté de mise en place d’une démarche RSE, en passant notamment par la labellisation Lucie.
Antoine Lefevre, le gérant, a expliqué qu’avec son équipe, il consacrait au minimum 1 heure par semaine à la RSE : mise en place de stand up meeting au cours desquels chaque collaborateur met en parallèle les actions qu’il mène et les engagements pris par l’entreprise. Le prix lui a été remis par Bruno Le Besnerais, président du Comité création et entreprises innovantes du CSOEC.

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