JANVIER 2019

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Les défis mondiaux de la comptabilité

​World Congress of Accountants - Sydney - du 5 au 8 novembre 2018

Lorsque l'on préside l'Ordre des experts-comptables français, il faut avouer que les occasions de s'extraire des problématiques franco-françaises sont rares. Professionnel de proximité, l'expert-comptable est confronté au quotidien aux complexités de la fiscalité et du droit social français. Et, hormis quelques voyages à Bruxelles pour s'assurer que notre réglementation et nos modes d'exercice ne sont pas remis en cause par l'Europe, les sujets nationaux suffisent largement à occuper un temps plein.

 

Pourtant, les enjeux liés à la comptabilité, matière internationale par excellence, doivent être vus d'un point de vue mondial, car l'économie est mondiale. S'il existe un langage universel, c'est le langage comptable.

 

Initié par l'International Federation of Accountants (IFAC) et organisé tous les quatre ans, le congrès mondial de la comptabilité est l'occasion d'échanges de bonnes pratiques et d'informations sur tous les sujets d'actualité impactant la profession. Il rassemble un grand nombre de professionnels comptables, de représentants des organisations professionnelles membres de l'Ifac, d'entreprises et d'autres acteurs du monde des affaires. Cette année, le congrès mondial de la comptabilité était organisé par les deux instituts professionnels « CPA Australie » et « Chartered Accountants Australie - Nouvelle Zélande », autour du thème « Défis mondiaux, leaders mondiaux ».

 
La data avant la compta

Paradoxalement, il aura été peu question de comptabilité, mais plutôt de data, de cybersécurité, d'intelligence artificielle (IA), de systèmes… et des compétences qu'il faut développer pour mieux accompagner nos clients dans le changement rapide qui s'impose à nous.

 

Il a aussi été question de déontologie et d'éthique, socles d'une confiance rendue d'autant plus nécessaire que nous sommes d'ores et déjà entrés dans une révolution technologique dont les conséquences sont encore inconnues. Il a enfin été question des grands enjeux mondiaux que sont la lutte contre le réchauffement climatique, le basculement des équilibres mondiaux, la fin du multilatéralisme et du rôle que la profession comptable pouvait et devait jouer dans ce monde en complète mutation.

Un congrès mondial est avant tout une occasion unique de nous situer par rapport aux autres, de mieux appréhender les enjeux qui traversent l'économie mondiale et, par conséquent, notre profession. Quelles leçons tirer de ce congrès mondial  ?

 

Un ordre mondial bouleversé

Je dirais que si l'on est de nature pessimiste, et je ne le suis pas, l'élément frappant de ce congrès est l'évidence du basculement de la puissance économique mondiale de l'Atlantique vers le Pacifique, avec pour corollaire la question de la place de l'Europe, entre une Amérique qui abandonne ouvertement le multilatéralisme aux dépens de ses alliés traditionnels et une Chine qui veut continuer à croître, par bonds technologiques successifs.

 

Certes, le congrès se tenait à Sydney, en Australie, et il est logique qu'il ait mis en avant le dynamisme de la région Asie-Pacifique, mais en tant que président de l'Ordre des experts-comptables français, je me suis tout de même souvent posé la question de savoir où était l'Europe dans tout cela et bien évidemment où était la France.

L'énergie et la capacité conquérante du modèle anglo-saxon font que les instituts professionnels britanniques, par exemple, forment chaque année des centaines de milliers de professionnels comptables en Chine et dans toute l'Asie du Sud-Est. C'est le plus grand marché en expansion pour la formation de professionnels comptables dans le monde et les différents instituts britanniques s'y livrent une concurrence farouche.

 

Sommes-nous condamnés, en tant que profession française, à être absents de ce marché ? Ce n'est, à mon avis, pas inéluctable et c'est plutôt une question de choix d'investissement. Les Chinois sont ouverts à différents modèles et ils construisent leur propre modèle en prenant ce qui leur convient le mieux dans ce qu'ils voient chez les autres. Nous pourrions très bien signer des partenariats avec les autorités chinoises qui nous permettraient de contribuer à la construction de la profession chinoise. Rien ne nous en empêche.

 

Le RGPD comme protection

Si l'on est de nature plus optimiste, et c'est mon cas, je me souviendrai d'échanges avec des professionnels néo-zélandais qui envient les Européens car ils voient l'Europe comme un espace homogène, un marché intérieur sans frontière ni droits de douanes, où les hommes, les biens, les services et les capitaux circulent librement et où les temps de transports ne sont pas un obstacle aux échanges comme cela peut être le cas de l'autre côté du monde.

 

Je me souviendrai également de cette experte en intelligence artificielle, singapourienne d'origine indienne et ayant fait ses études à Harvard, qui a décrit le RGPD, le Règlement Général européen sur la Protection des Données, comme la législation la plus avancée pour mettre l'homme à l'abri des biais de l'intelligence artificielle. Car bien évidemment l'intelligence artificielle se manipule aussi sûrement que l'intelligence humaine. Alors que nous voyons parfois ce règlement comme source de contraintes et comme un frein à l'utilisation des données, elle y voyait une source de protection.

 

Les enjeux planétaires au cœur

Je me souviendrai également de l'intervention du prince Charles et de Ban Ki-moon, l'ancien secrétaire général des Nations-Unies, qui ont rappelé l'impérieuse nécessité de respecter les accords de Paris pour éviter un réchauffement climatique catastrophique. Ils nous ont enjoints de continuer notre effort pour une comptabilité au service du développement durable. Parce que tout ce qui n'est pas mesuré n'est pas géré, il est absolument nécessaire que l'impact de l'activité des entreprises en matières environnementale et sociale soit mesuré. Le simple rendu de la performance financière des entreprises par la comptabilité n'est plus suffisant face aux enjeux planétaires.

Je me souviendrai aussi de la présence de nos confrères d'Afrique francophone qui sont venus jusqu'en Australie, car ils veulent participer au concert des nations, et avec qui nous avons encore tant à construire.

 

Et je souhaiterais conclure mon propos en citant le discours de René Ricol, seul Français ayant présidé l'Ifac, et qui a reçu à l'occasion du congrès mondial la plus haute récompense décernée par l'Ifac pour l'ensemble de sa vie professionnelle au service de la profession comptable et de l'intérêt général : « Il est de la responsabilité commune des régulateurs et de la profession de former un front uni face au risque d'une nouvelle crise financière qui provoquerait de nouveau tant de drames humains. Car nous ne pouvons plus accepter que la spéculation, la cupidité et la déification de l'argent soient les moteurs de certains, aux dépens de tant d'autres. »

 

Charles-René Tandé
Président du Conseil supérieur

Tribune parue dans Les Echos du 19 novembre 2018

 

Signature d’une convention avec l’Ordre des experts-comptables calédonien

Charles-René Tandé a profité de son voyage à Sydney pour le Congrès mondial des experts­-comptables pour se rendre en Nouvelle Calédonie et signer une convention de partenariat avec l’Ordre des experts-­comptables calédonien. Objectif : apporter toute l’assistance et l’appui technique à la soixantaine de professionnels du territoire exerçant sur l'île. Il a donné une interview au journal local « Les Nouvelles Calédoniennes » dans laquelle il a notamment rappelé la nécessité de lutter contre l’exercice illégal tant sur l’île que sur l’Hexagone car ce fléau pénalise les entreprises et la profession.
 

 

 

 

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