NOVEMBRE 2019

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Cabinet futuriste : cap sur l'expert-comptable augmenté !

Des experts-comptables assistés par des intelligences artificielles pour gagner en temps et en performance. Des collaborateurs traitant au quotidien des flux de données sécurisés grâce à la blockchain. Bienvenue dans le cabinet d'après-demain, qui tirera parti de la technologie pour ouvrir le champ des missions de la profession.

L’intelligence artificielle ne serait-elle qu’un simple objet de buzz ou représenterait-elle au contraire une avancée scientifique majeure, propre à impacter durablement nos sociétés ? Lors de l’atelier profession consacré au sujet, Jean-Philippe Desbiolles, vice-président Cognitive Solution Team chez IBM, a répondu à cette question en évoquant le GPT. Comprenez le General Purpose Technology, une classification regroupant les innovations les plus disruptives à travers les temps. On y trouve la vapeur, l’électricité, internet ainsi que… l’intelligence artificielle. Cette dernière est ainsi reconnue comme une technologie promettant de « révolutionner tout, pour tous », résume-t-il.

 

Une révolution qui est en marche, confirment les spécialistes du secteur. « Le sujet n’est plus satellite, il pénètre l’entreprise », assure Jean-Philippe Desbiolles. Les cabinets sont bien évidemment concernés par cette mutation, en témoignent les multiples discussions sur le sujet qui ont animé l’espace partenaires durant le congrès. L’intelligence artificielle est ainsi, avec d’autres innovations technologiques, l’une des composantes essentielles de ce que les rapporteurs ont baptisé « le cabinet futuriste ». Un cabinet avant-gardiste que les congressistes ont pu approcher par le biais de plusieurs ateliers, afin de découvrir le chemin à parcourir pour y parvenir (quelles technologies ? quels usages ? quels modes de management ?).

 

En intervenant sur le sujet, Jean-Philippe Desbiolles a d’abord pris soin de “démythifier” l’intelligence artificielle. Des inquiétudes s’expriment en effet régulièrement sur cette innovation et sur les conséquences qu’elle pourrait avoir pour l’emploi. « On résume l’intelligence artificielle à une technologie, or c’est avant tout une révolution humaine, a-t-il expliqué. Sans les hommes et les femmes, pas d’intelligence artificielle, que ce soit dans les processus d’apprentissage, de supervision ou d’utilisation. »

 

La mise en place d’un tel système demande donc « beaucoup de travail pour le former et le rendre intelligent », poursuit-il, soulignant dans le même temps « une capacité d’apprentissage très rapide et une faculté de gestion du savoir sans limite ». Un apprentissage rendu possible par la multiplication des données disponibles et transférables à la solution. Laquelle accumule ainsi des connaissances et gagne en performance dans l’exécution des tâches qui lui sont confiées.

 

L'intelligence artificielle pour effectuer les missions chronophages

Qu’en sera-t-il dans les cabinets ? « L’expert-comptable de demain sera augmenté, assure Jean-Philippe Desbiolles. Il travaillera avec des machines qui l’aideront dans son métier. » Elles lui permettront de se détourner des missions chronophages et répétitives pour se concentrer sur les tâches à plus forte valeur ajoutée. Il pourra ainsi confier à une solution des recherches documentaires pendant qu’il se consacrera à des missions de conseil. Ou aura recours à des dispositifs d’intelligence artificielle capables de réaliser un pré-tri des mails reçus, détectant par exemple leur degré d’urgence.

 

En parallèle, les systèmes d’intelligence artificielle, gagnant en expertise, assisteront les professionnels dans l’établissement de diagnostics ou dans la prise de décision. « L’humain augmenté aura un jugement de plus en plus “éclairé” par des systèmes qui lui feront des suggestions », poursuit Jean-Philippe Desbiolles. De nouvelles interactions auxquelles ces “humains augmentés” devront se préparer, notamment en renforçant leurs soft skills (compétences dites “douces”). Cela pour aborder au mieux cette collaboration inédite où les hommes sont “challengés par des machines”, mais également pour conserver leur esprit critique et savoir, quand il le faut, remettre en cause les propositions de la machine.

 

« L’intelligence artificielle ne va donc pas supprimer le métier », conclut Jean-Philippe Desbiolles. Mais elle va, à ses yeux, “le transformer”. C’est là l’un des versants de la révolution numérique qui touche aujourd’hui la profession du chiffre et, plus largement, l’ensemble des organisations économiques. « Une révolution qui combine plusieurs éléments, juge-t-il. Une dynamique autour de l’intelligence artificielle et la data, bien sûr, mais également un déploiement du cloud ou de la blockchain ».

 

Cette dernière a d’ailleurs été le thème d’un autre atelier de la profession. Avec, en préambule, une nécessaire définition de cette technologie jugée parfois difficilement compréhensible. « La blockchain est souvent comparée à un grand livre comptable », explique Sandrine Cohen--Solal, expert-comptable. En son sein sont enregistrées et stockées de manière électronique des informations : flux, transactions, données. Celles-ci vont pouvoir être horodatées, sauvegardées et sécurisées grâce à la cryptographie. Des données infalsifiables qui sont partagées par leurs différents utilisateurs sans intermédiaire ou tiers de confiance, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne.

 

 
« La blockchain : une révolution des usages »

« La blockchain ne peut pas être assimilée à une révolution technologique, poursuit Sandrine Cohen-Solal. Elle repose en effet sur trois technologies déjà existantes : un registre distribué soit une base de données, la cryptographie et le peer to peer. C’est dans les usages que se trouvera la révolution. »

 

L’atelier a donc fait le point sur les perspectives professionnelles offertes par ladite révolution, et en premier lieu pour les cabinets. « C’est très important que la profession puisse prendre en main cette technologie, appuie Sandrine Cohen-Solal. Nous sommes au cœur des flux. Et la blockchain permet justement de les fiabiliser et les sécuriser. »

 

Autre atout de la blockchain : elle permet l’exécution automatique de certaines tâches, via des « smart contracts », des programmes autonomes qui sont activés si, et seulement si, certaines conditions inscrites dans la blockchain sont réunies. « Nous devons parfois vérifier qu’une livraison a bien eu lieu lorsqu’une facture arrive, explique Sandrine Cohen-Solal. La mise en place de smart contract dans la supply chain permettra les émissions automatiques de factures si, et seulement si, les livraisons ont été faites. » Ces smart contracts permettront également, dans le futur, le déploiement de contrats intelligents dont les clauses contractuelles pourront être auto-exécutées.

 

La blockchain se révèle également être un atout précieux dans la tenue des registres. Simon de Charentenay, maître de conférences en droit et cofondateur de la start-up Capbloc, en a fait la démonstration. Il a développé une application lancée cet automne, permettant de tenir des registres de mouvement de titres financiers par l’intermédiaire de la blockchain. La gestion des actifs financiers de la société est ainsi digitalisée et menée de façon sécurisée, l'historique des transactions étant, quant à lui, inaltérable. Une solution qui montre, aux yeux de Simon de Charentenay, tout le potentiel que peut représenter la blockchain : « L'expert-comptable se positionne comme un conseiller stratégique auprès de ses clients ».

 

Consciente de l’enjeu stratégique que représente cette technologie, la profession a d’ailleurs décidé de se saisir du sujet. Ainsi, le Conseil supérieur de l’ordre a lancé en septembre une application concrète de la blockchain pour authentifier et recenser les diplômes d’expertise comptable. Une solution pour répondre au problème de l’accroissement des faux diplômes. Mais aussi, comme le rappelle le Conseil supérieur, « pour appréhender les enjeux de la blockchain afin d’en acquérir la technique spécifique et pour accompagner sereinement les entreprises face aux évolutions technologiques ».

Les six intérêts de la blockchain

Lors de son intervention, Sandrine Cohen-Solal a mis en avant six grands atouts de la blockchain :
- l'exécution automatique des tâches : programmes s'exécutant si, et seulement si, certaines conditions sont remplies ;
- la désintermédiation : suppression du tiers de confiance ;
- l'authentification : tous les transferts d’actifs peuvent être enregistrés dans la blockchain. Les provenances et les propriétés peuvent être tracées et authentifiées ;
- la traçabilité : ce qui est inscrit dans la blockchain est ineffaçable et traçable ;
- la sécurité des informations : diffusion d'informations sécurisées à l'ensemble d’un réseau ;
- la transparence et l'immuabilité : cela garantit la fin des manipulations d'informations.
Pour aller plus loin
Consulter le site public de l'Ordre sur la blockchain. Également disponibles, de nombreux outils pour comprendre les mutations technologiques, comme la fiche « Blockchain, l'essentiel », destinée à sensibiliser et accompagner les novices.

 

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