Mai-juin 2020

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« Il est impératif d’aider les entreprises à redémarrer »

Alors que bon nombre de petites et moyennes entreprises se battent pour leur survie, François Asselin, le président de la CPME, revient sur les dispositifs d’urgence édictés pour “amortir le choc” de la crise et appelle à un plan “ambitieux” de relance économique.

 

« Il faut faire évoluer la façon dont l’administration gère sa relation au secteur marchand : il faut passer de la culture de la sanction à celle de l’accompagnement. »

 

Nous avions initialement prévu de vous interviewer début mars pour évoquer notamment votre nouveau mandat à la présidence de la CPME et la réforme des retraites… Cela parait loin aujourd’hui… 

 

Comment le président de la CPME a-t-il vécu ces deux derniers mois ?

J’ai été frappé par la brutalité avec laquelle la crise sanitaire a percuté les PME. En quelques jours, à l’annonce de la fermeture des bars et restaurants, puis du confinement, les répercussions se sont fait sentir. Nous avons dû nous réorganiser : chômage partiel, télétravail, mesures sanitaires construites grâce au « système D » alors que bon nombre d’entre nous n’étions pas équipés pour y faire face.

 

À la CPME, notre première préoccupation a été la protection des salariés. Dans un climat d’injonctions contradictoires où le Gouvernement appelait tout à la fois les Français à reprendre le travail et à rester chez eux, nous avons immédiatement réclamé des équipements de protection pour les salariés qui ne pouvaient pas exercer le télétravail.

 

Si protéger les salariés est non négociable, protéger les chefs d’entreprise et leurs délégataires, l’est aussi. Dès la mi-mars, j’ai alerté sur la nécessaire clarification à opérer quant à la responsabilité juridique de l’employeur. Que ce soit clair, mon souhait n’est pas de s’affranchir de nos responsabilités. Mais on nous mettait sur les épaules une obligation de résultat portant sur une pandémie dont nul ne peut prétendre connaître les effets ! J’ai dès lors plaidé pour une responsabilité proportionnée et maîtrisable. La mobilisation de la CPME qui a travaillé avec le Sénat, puis l’Assemblée nationale, a permis le vote en séance d’un texte clarifiant la responsabilité de l’employeur.

 

Ce texte édicte que, dans le contexte actuel de pandémie, l’employeur est tenu à une obligation de moyens, et non de résultat. Sa responsabilité pénale ne pourra donc être engagée que s’il n’a pas mis les moyens en œuvre pour éviter la propagation du coronavirus au sein de l’entreprise. Une mesure juste et proportionnée que nous saluons.

 

Quel jugement portez-vous sur les réponses apportées par le Gouvernement pour permettre aux entreprises de faire face à la crise ?

Ce sont de bonnes mesures. Report de charges, fonds de solidarité, prêt garanti par l’État, et chômage partiel notamment, sont des outils indispensables pour amortir le choc. À la CPME, nous avons réalisé une étude mi-avril pour mesurer l’impact de la crise et des dispositifs d’urgence du Gouvernement, sur les PME. Malgré quelques dysfonctionnements au départ sur le remboursement des avances au salariés en activité partielle, ces mesures ont été saluées par les chefs d’entreprise. Restent néanmoins le problème du paiement des loyers et la prise en charge des pertes d’exploitation par les assureurs qui continuent à se faire tirer l’oreille pour indemniser les entreprises.

 

Notre priorité a également été l’obtention d’aides plus conséquentes pour les commerçants et les indépendants, frappés de plein fouet par la crise.

Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, a annoncé l’annulation des charges pour les commerces fermés sur décision administrative. Une mesure indispensable qui ne doit pas être limitée aux TPE mais s’étendre à toutes les PME y compris celles des secteurs connexes.

Et je me réjouis que la CPME ait proposé puis obtenu du CPSTI une « indemnité de perte de gains » pour les travailleurs indépendants de l’artisanat et du commerce, et une aide de l’Agirc-Arrco pour les mandataires sociaux salariés. Ne pas abandonner les travailleurs indépendants, non éligibles aux dispositifs publics initialement mis en place, était une question de justice.

 

Que doit-on encore faire selon vous pour permettre à un maximum d’entreprises de passer ce cap difficile ?

Pour faire face à cette crise inédite, il est impératif d’aider les entreprises à redémarrer.

Si on les leste du remboursement des charges reportées et des remboursements de prêts garantis par l’État, certaines TPE-PME courent droit au dépôt de bilan. Pour celles-là, nous demandons que l’on réfléchisse à des dispositifs d’exonérations. Pour les autres, nous préconisons l’étalement des créances sur une longue période ainsi que des différés de remboursement. Si les entreprises, trop lourdement endettées, renoncent à investir, les retentissements économiques seront désastreux.

 

La question du coût des mesures sanitaires se pose aussi. Coût direct et indirect. Un magasin qui est contraint à recevoir une clientèle diminuée de moitié va voir ses recettes diminuer dans la même proportion, et son modèle économique est en péril.

 

L’autre inconnue, c’est la vitesse du redémarrage de notre économie. Une trop grande lenteur, due notamment à une frilosité des consommateurs, aurait des conséquences catastrophiques.

 

Je pense donc qu’il faut maintenir les dispositifs de soutien aux entreprises. Un arrêt trop brutal du chômage partiel se traduirait par une vague de licenciements immédiate. A la CPME, nous proposons de le maintenir jusqu’en septembre, ce qui laisse le temps nécessaire aux entreprises pour se réorganiser.

 

Que pensez-vous de l’action des experts-comptables qui se sont mobilisés pour accompagner leurs clients dans la compréhension des dispositifs gouvernementaux et dans leur mise en œuvre ?

Les experts-comptables sont des partenaires très précieux des chefs d’entreprise. On sait que dans bien des TPE, c’est sur l’expert-comptable que repose entièrement la comptabilité de l’entreprise. Et cela illustre cette indispensable confiance réciproque qui doit cimenter les relations professionnelles, sans laquelle rien de positif ne peut être mené.

 

Sans l’aide des professionnels, de nombreux dirigeants de TPE auraient par exemple été dans l’incapacité de franchir le barrage quasi insurmontable que représentaient les démarches administratives à accomplir pour demander la mise en activité partielle !

 

Je salue donc l’engagement des experts-comptables face à la crise et je les appelle à poursuivre leur démarche, car nous sommes loin d’avoir franchi toutes les étapes, hélas.

 

Le “déconfinement” est désormais lancé. La reprise d’activité ne sera pas immédiate, qu’en pensez-vous ?

À la CPME, nous avons formulé une série de propositions pragmatiques pour mener à bien le déconfinement dans les PME en amont du 11 mai. La condition sine qua non de la réussite, c’est d’assurer la sécurité de tous.

 

Parmi les solutions que nous défendions, nous venons d’obtenir que le coût des mesures sanitaires puisse être pour partie pris en charge par la branche accident du travail de la Sécurité sociale. 

 

Accélérer certaines procédures pour ne pas laisser s’installer de trous d’air dans les carnets de commandes et, à l’inverse, reporter certaines réformes devenues inapplicables, sont aussi des mesures indispensables. Quant aux entrepreneurs contraints de cesser leur activité, ils ne devront pas être abandonnés.

 

Nous avons déjà les yeux rivés vers la prochaine étape : la relance. Je l’ai affirmé haut et fort, le plan de relance de l’économie doit être mis en route par les pouvoirs publics avant l’été. Attendre septembre serait dommageable pour les entreprises.

 

Quels doivent être les grands axes de ce plan de relance économique et social ? Première priorité, les entreprises doivent reprendre des forces, notamment financières. Leurs fonds propres doivent être renforcés, et leur capacité d’investissement restaurée.

 

Deuxième priorité, stimuler l’appétit pour la consommation des Français qui ont massivement épargné durant la période de confinement, et ce pour réinjecter cette épargne dans le circuit économique.

 

Troisième axe, maintenir les salariés dans l’emploi et encourager les entreprises à créer de nouveaux emplois. Cela ne pourra se faire qu’en desserrant l’étau des contraintes actuelles. Dans une période d’incertitude, les entreprises préfèrent par exemple embaucher en CDD. Persister à vouloir pénaliser les emplois en CDD serait une erreur.

 

Plus profondément, il faut faire évoluer la façon dont l’administration gère sa relation au secteur marchand : il faut passer de la culture de la sanction à celle de l’accompagnement.

 

Ce plan ambitieux devra être ciblé sur les TPE-PME et intégrer une forte dimension territoriale. C’est une opportunité unique de lancer des investissements publics permettant d’accélérer la transition écologique que nous appelons de nos vœux.

 

La CPME sera force de proposition pour penser des solutions concrètes, adaptées à la réalité des entreprises. Comme tous les entrepreneurs, je suis convaincu qu’on peut sortir la tête de l’eau, et préparer l’avenir sans sacrifier le présent. La France peut compter sur ses entreprises. Elle doit leur faire confiance.

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Toutes les parutions

Mai-juin 2020

SIC N° 395

  • Spécial COVID-19 Financement - Mesures et initiatives pour soutenir les entreprises
  • Interview de François Asselin, président de la CPME

  • Enquête sur les conséquences de la crise sanitaire

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AVRIL 2020

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  • SOS Entreprises/SOS Cabinets : deux cellules pour vous accompagner face à la crise
  • Des FAQ thématisées pour mieux vous informer
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SIC N° 393

  • Réforme des retraites : décodage et mobilisation
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  • Loi de finances 2020 : les principales mesures fiscales
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