Mai-juin 2020

Consulter le SIC papier

Le SIC papier existe également en version numérisé .pdf, à télécharger ci-dessous.

AddToAny
Share

« Des mesures choc devront être mises en œuvre, et de nouvelles ambitions portées »

Alors que les entreprises domiennes sont également durement touchées par la crise économique liée au COVID-19, Marcelino Burel, président du Comité outre-mer, salue la forte mobilisation de la profession comptable et des Conseils régionaux, appelant de ses vœux des dispositifs à plus long terme pour soutenir les économies locales.

 

L’épidémie actuelle pénalise le secteur du tourisme omniprésent dans l’économie des régions ultramarines. Quelles mesures ont été mises en place pour parer à l’arrêt d’activité dans ce secteur ? D’autres secteurs sont-ils particulièrement touchés dans les DOM ?

En effet le secteur tourisme est l’un des secteurs prépondérants dans l’économie des outre-mer. C’est vous dire, avec l’arrêt brutal de ce pan d’activité, combien nos régions vont être marquées en profondeur.

En cette fin avril, soit 40 jours après le début du confinement de toute l’économie française, il est trop tôt pour parler des mesures mises en place pour parer à cette situation, sauf à regarder celles initiées à court-terme. Elles ne sont pas différentes pour l’instant de ce qui a été appliqué à l’ensemble des activités, à savoir :

  • le recours massif au dispositif de financement du chômage partiel ;
  • le report de trois mois des cotisations sociales et fiscales ;
  • une pause de six mois des échéances d’emprunts professionnels ;
  • la sollicitation du prêt garanti par l’État. 

Cependant, ce qui est clair, c’est que cette partie singulière de l’économie locale – et toute la chaine de valeur qui y est rattachée, du transport aérien aux activités de loisirs en passant par les hôtels, la restauration, les loueurs de voitures et les hébergements touristiques ruraux – va demander un plan de sauvetage ad-hoc.

A titre d’illustration, pour l’île de La Réunion, l’activité touristique représentait à elle seule 432 M€ de recettes extérieures (hors croisiéristes) en 2018 et pratiquement 12 000 emplois !  

 

Hélas, au-delà de ce secteur, c’est l’ensemble des territoires qui subissent de plein fouet les effets de cette crise sanitaire. La particularité du tissu économique domien, composé à 90% de TPE, rend par ailleurs la situation extrêmement délicate et fragile. Ces TPE, connues pour avoir un niveau de fonds propre extrêmement faible, n’ont, pour 70 % d’entre elles, pas d’effectif salarié et leur résultat constitue l’essentiel des revenus du dirigeant.

 

Pouvez-vous nous dire quelles actions et initiatives ont été lancées par la profession dans les régions ultramarines pour aider les entreprises ?

Ces actions ont été multiples et soutenues dès le lendemain du premier discours du président de la République.

Outre le fait que, sur l’ensemble de l’outre-mer, ce ne sont pas moins de 550 experts-comptables et 2 800 collaborateurs qui ont basculé à 100 % en télétravail, les élus de chacune de ces régions, sous l’impulsion de leur président, se sont mis à pied d’œuvre pour :

  • assurer une communication journalière sur les mesures d’accompagnement ;
  • mobiliser les contacts directs avec les partenaires Urssaf, Direccte, DRFIP, FBF… ;
  • participer aux différents groupes de travail du monde économique local organisés par la préfecture ;
  • et bien entendu occuper les différents médias et réseaux de communication afin d’atteindre le public le plus large.

 

 

Pour citer deux exemples concrets :

  • En Guadeloupe, a été instituée l’opération « Appelle un expert » : sur la seule première quinzaine d’avril : 150 dirigeants d’entreprise ont contacté la plateforme téléphonique et 30 681 personnes ont été touchées via le réseau social Facebook ;
  • A La Réunion, de nombreuses audio conférences ont été organisées au profit des chefs d’entreprise : avec la DRFIP pour clarifier les mesures de reports ; avec la préfecture pour faire l’état des lieux des dispositifs au bout des 15 premiers jours ; avec les banques pour échanger sur le PGE…

 

Mais, rapidement, sur quasiment chaque territoire, la profession a uni ses forces en passant en mode agile avec notamment la création de groupes WhatsApp permettant d’interconnecter les confrères et de s’enrichir mutuellement de toutes les évolutions, en temps réel.

Ce groupe WhatsApp a même permis dans certain cas de dépasser le confinement ilien, puisque nos confrères de Mayotte ont pu se mettre en synergie avec ceux de La Réunion.   

 

D’autres territoires ont lancé un groupe WhatsApp propre aux responsables des services en charge des questions sociales au sein des cabinets. On a parfaitement mesuré la nécessité d’un soutien et d’un travail collaboratif pour supporter la première vague de mise en chômage partiel dans les entreprises et leurs conséquences administratives.

 

Un renfort précieux a également été apporté par le CJEC avec la mise à disposition d’une « bibliothèque.Cloud19 », classant par thématique l’ensemble de la documentation actualisée trois fois par jour.

 

Quelles sont, selon vous, les solutions ou mesures qui pourraient permettre au tissu économique local de survivre à cette crise ?  

Vu le contexte économique dans lequel se trouve l’outre-mer, marqué par un taux de chômage allant de 18 % à 26 % selon les départements et un indice européen de compétitivité (RCI) les classant dans les 50 dernières régions européennes (sur 268 régions), des mesures choc devront être mises en œuvre et de nouvelles ambitions portées.

 

A court terme, afin de toucher le spectre le plus large de TPE sur le plan de la trésorerie, il sera nécessaire, de passer par :

  • l’étalement du règlement sur 12 mois, voire la suppression des charges sociales nées en février et mars 2020 ;
  • une pause de 12 mois sur les moratoires en cours en matière sociale et fiscale (dettes héritées de 2008) ;
  • la mise en œuvre d’un PGE DOM garanti à 100 % jusqu’au palier de 150K€ ;

 

A moyen terme, afin de maintenir l’emploi et le pouvoir d’achat, il sera nécessaire, dans une économie où le coût de la vie est de l’ordre de 7 à 12% plus élevé qu’en France métropolitaine, d’envisager de nouveaux outils pour : 

  • faciliter la transition générationnelle ;
  • favoriser le télétravail ;
  • mixer pendant 24 mois le travail et le chômage à temps partiel ;
  • doper la formation continue ;
  • consolider les métiers de services à la personne.

 

Et, à plus long terme, une révision des fondamentaux sur lesquels ces économies étaient appuyées va s’imposer pour aborder enfin :

  • la maîtrise de la planification économique régionale au regard des leviers européens ;
  • la relocalisation des flux économiques avec une responsabilité sociale dans l’acte d’achat public ;
  • la relocalisation des jeunes compétences au service d’une ambition territoriale ;
  • la place de l’économie circulaire ;
  • l’autonomie énergétique ;
  • la réorganisation des circuits courts ;
  • la reconquête de la « souveraineté » alimentaire ;
  • la mise au niveau international de notre appareil de formation ;
  • l’élévation du standard de notre offre touristique.

 

Bien entendu les membres du Comité outre-mer et moi-même, allons tout mettre en œuvre pour faire avancer ces idées et notamment profiter de l’angle de tir qui nous est offert par les premiers travaux qui se lancent actuellement sur le projet de loi de finances 2021 de concert avec la Fedom.

Parcourir l'historique du SIC :

Toutes les parutions

Mai-juin 2020

SIC N° 395

  • Spécial COVID-19 Financement - Mesures et initiatives pour soutenir les entreprises
  • Interview de François Asselin, président de la CPME

  • Enquête sur les conséquences de la crise sanitaire

Consulter

AVRIL 2020

sic n° 394

  • SOS Entreprises/SOS Cabinets : deux cellules pour vous accompagner face à la crise
  • Des FAQ thématisées pour mieux vous informer
  • La signature électronique, un outil indispensable pour la poursuite de votre activité

Consulter

MARS 2020

SIC N° 393

  • Réforme des retraites : décodage et mobilisation
  • Hubemploi : refondre pour mieux performer
  • Création du statut d'expert-comptable en entreprise

Consulter

FEVRIER 2020

SIC N° 392

  • Loi de finances 2020 : les principales mesures fiscales
  • DGFip : des chantiers structurants à venir
  • L'Arpec, un nouvel outil LAB au service des experts-comptables

Consulter