Juillet-Août 2015

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Paris Ile-de-France

L’accompagnement psychologique du dirigeant : mieux comprendre sa souffrance

 

Qui connaît réellement la détresse du chef d’entreprise ? Qui peut dire où se situe son seuil d’épuisement ? La souffrance patronale, celle dont on ne parle pas et qui se mure dans le silence, existe pourtant bel et bien. Alourdi par les responsabilités qui pèsent sur ses épaules, le dirigeant a du mal à admettre son malaise. Qu’on se le dise : le mythe du “super-héros” est bien un mythe. Dans un tel contexte, les experts-comptables jouent un rôle primordial dans la prévention et la détection de ces difficultés. Renforcer leurs compétences dans cette compréhension de la psychologie du dirigeant est un sujet majeur. C’est tout l’objet de la conférence organisée par l’Ordre des experts-comptables de Paris IDF, le jeudi 11 juin au tribunal de commerce, sous l’égide de son président Frank Gentin. Une prise de conscience essentielle.

 

Malgré plus de 20 millions d'entreprises en Europe, il y a plus de statistiques sur la santé des baleines bleues que sur celle des entrepreneurs ». Derrière cette citation d’Olivier Torrès, auteur du livre « Santé du dirigeant, de la souffrance patronale à l’entreprenariat salutaire » c’est une vérité troublante qui apparaît : l’absence de préoccupation sociétale concernant la santé du chef d’entreprise. Pourtant, lorsqu’un souci de santé intervient, quel qu’il soit, c’est tout le socle de l’entreprise qui risque d’en pâtir. Frank Gentin, président du tribunal de commerce, connaît parfaitement ce sujet sensible : « les traitements des difficultés des entreprises ont représenté près de 75 % du montant total des passifs traités par ce tribunal ». Il souligne que ces dossiers nécessitent la présence des experts-comptables. Ces derniers jouent, au quotidien, un rôle majeur de conseiller, et apparaissent alors comme la clé de voûte d’un dispositif de prévention et d’accompagnement. « Les informations qui viennent des experts-comptables sont considérées comme crédibles par les créanciers et absolument nécessaires pour trouver de réelles solutions » conclut-il, avant de laisser la parole à Stéphane Cohen, président de l’Ordre des expertscomptables de Paris IDF. « Il nous a semblé important de développer un nouveau prisme sur le traitement des difficultés, parce que nous n’avons pas tous naturellement les clés pour pour répondre aux questions de l’accompagnement psychologique du dirigeant » rappelle-t-il. Bien souvent, l’expert-comptable est observateur d’une entreprise qui se détériore, et d’un dirigeant qui lâche prise, mais il n’a malheureusement pas les solutions pour stopper l’engrenage. Interviennent alors avocats, juges, administrateurs judiciaires… Tous tentent de jouer leur rôle alors que le client s’enferme démesurément dans sa spirale.

 

Parfois, les symptômes sont clairs, identifiables : stress, sentiment d’atomisation, perte de recul. Ils constituent des signaux d’alerte auxquels -l’expert-comptable, notamment, doit prêter attention. Stéphane Cohen se souvient de ce client lui demandant de bien vouloir dîner avec lui… pour éviter d’avoir à rentrer à la maison avant que tout le monde soit couché…

 

Toutes ces manifestations agissent comme des fractures sociales qui doivent être décelées très rapidement pour éviter un système d’enfermement qui peut conduire à la dépression. La bonne conduite à  adopter ? Pas de recette miracle bien sûr. Mais aiguiller le chef d’entreprise vers l’idée qu’il lui serait profitable de se faire aider, par un professionnel, à l’écoute, qui pourra “prendre en charge” sa souffrance, et l’en soulager.

 

Nathalie Gunther est psychologue clinicienne, et ancien avocat. Pour elle, « la dimension psychologique a naturellement sa place dans un tribunal. Ce dernier n’est pas seulement là pour régler les questions juridiques, il est aussi là pour aider les chefs d’entreprise. »

Jacques Swiderski, juge honoraire membre de la cellule psychologique du tribunal de commerce de Paris, ne la contredit pas. Il a été chef d’entreprise et avoue être passé, à une époque de sa vie, par ce stade de souffrance patronale. Il n’avait alors rien montré, ni à ses plus proches collaborateurs, ni à sa famille. Une erreur qu’il met en lumière aujourd’hui. Avec du recul, il insiste sur l’importance du partage et du dialogue. Celui qui existe si naturellement entre le dirigeant et son expert--comptable quand les affaires vont… Et celui qu’il convient également d’adopter avec les juges quand la situation l’impose. Il nous parle de la cellule psychologique qui existe désormais au sein même du tribunal. Et qui consiste à accueillir les chefs d’entreprise à leur sortie d’audience, souvent sonnés comme à l’issue d’un combat de boxe.

Quatorze juges honoraires s’y relayent pour aider le dirigeant à accepter le diagnostic qui vient de tomber. Liquidation, mandataire judiciaire, remboursement du passif… toutes les questions y sont abordées, des plus anodines aux plus techniques. Car, de son aveu, les chefs d’entreprise qui passent par le tribunal, se retrouvent comme projetés dans un nouvel univers dont ils ignorent tout, de ses acteurs à son fonctionnement le plus élémentaire.

Les administrateurs judiciaires, par exemple. Peu nombreux sont les chefs d’entreprise à connaître leur fonction. Et l’aide qu’ils peuvent apporter. Henri Chriqui est de ces “pompiers de l’ombre des entrepreneurs, comme il aime à le rappeler. Il est également l’auteur du livre « Prévenir pour mieux guérir » dont il partage avec nous quelques extraits, éclairants, comme ce témoignage : « Je voyais les administrateurs judiciaires comme des gens qui dépècent et désossent les entreprises avant de les fourguer à la casse. Je n’imaginais pas qu’ils puissent m’aider à sauver mon entreprise ». Ou tel autre chef d’entreprise : « Honnêtement j’ai vécu cette période comme un drame personnel, et paradoxalement, c’est sans doute ce qui m’a permis de m’en sortir. Cet état d’esprit de dramatisation a fortement contribué à la mobilisation de mon énergie. Je travaillais seize heures par jour, j’étais une vraie locomotive, j’ai refondé mon entreprise et ce comportement volontariste a radicalement déteint sur l’ensemble du personnel ». S’en sortir. Re-mobiliser son énergie. Retrouver sa volonté.

 

Et si, pour ça, il suffisait – presque - de changer la focale ? Si, d’un coup, on décidait que finalement, il n’y avait pas que du mauvais à prendre des coups ?

Nathalie Gunther l’affirme sans équivoque : aider les chefs d’entreprise, c’est également savoir porter un nouveau regard sur l’échec. Et notamment à travers les “fail conf”, ces conférences qui fleurissent au sein des cultures anglo-saxonnes, où l’on se réunit pour parler de l’échec notamment entrepreneurial, partager ses expériences et surtout trouver des solutions pour rebondir. « Parler de l’échec et faire confiance sont essentiels pour repartir du bon pied. La France est le pays dans lequel le délai entre l’échec et le rebond est le plus long, soit 8 ans en moyenne. On ne doit pas voir l’échec comme un accident de carrière, mais au contraire comme la promesse d’une réussite future ».

Prenons un exemple : si vous décidez d’emprunter de l’argent à une banque américaine pour financer un projet de croissance, et que cette dernière vous demande si vous avez connu des échecs entrepreneuriaux, une faillite, n’ayez surtout pas peur de dire “oui”. Vous mettrez ainsi bien plus de chances de votre côté. On considèrera en effet que vous avez appris de vos erreurs.

 

Dépasser les difficultés. Les transformer en opportunité. Pour les chefs d’entreprise que sont nos clients. Pour les chefs d’entreprise que nous sommes

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